Récit de Michel Fropier, en amont de la course

Publié le par Jeff

Après avoir eu le récit de Christian (article "La Semaine des Pyrénées"), pilier de l'organisation, d'un bénévole, du vainqueur Yvon Volatier, voici le témoignage de Michel Fropier, kikoureur répondant au pseudo de "Miche" et, ce jour, ouvreur de la course . Une autre façon de vivre le trail des Hautes Pyrénées très intéressante et riche en expérience personnelle. Qui plus est, la qualité du balisage fut unanimement appréciée et félicitée par les coureurs.


Pour le Trail des Hautes Pyrénées qui se déroule le 14 juin, je ne suis pas participant mais ouvreur. Autrement dit, je dois vérifier que les balises sont bien en place avant le passage des coureurs. Je vais le faire en relais avec Simon. Nous avons découpé le parcours entre Mauléon Barousse et Loudenvielle en 4 sections, avec respectivement 17 km et 1750 m de D+, 17 km et 1250 m de D+, 10 km et 1000 m de D+ et enfin 10 km de descente. Simon (qui n'a pas couru les Trail des 3 Pics le we précédent) fera les sections 1 et 3, moi la 2 et la 4. Le départ des coureurs étant fixé à 7h, Christian nous a demandé d'attaquer à 3h.

Arrivé à Mauléon à 3h, il nous explique les changements de dernière minute par rapport aux cartes déjà fournies. Finalement Simon démarre à 3h20 et je prends pendant ce temps la voiture pour aller au départ de la 2nde section. 45 km de route de nuit à traverser des villages endormis et un autre pas encore couché (fête dans le village cette nuit-là) !! Dans la montée à travers la forêt, je fais détaler un énorme cerf puis je suis à allure réduite une biche qui reste courir sur la route ! Je démarre finalement à 4h30 de la station de ski de Nistos. Je laisse les clés de la voiture sur le contact car nous n'avons qu'un trousseau de clés.

J'ai du mal à trouver le départ de nuit derrière le gîte. Surtout que je pars vers le N alors que le tracé global est orienté au sud ! Christian a emprunté les balises du Grand Raid des Pyrénées, du coup les balises sont visibles de nuit : c'est impressionnant comme on les voit de loin sur les alpages. J'arrive à l'approche du premier sommet où je vois tout d'un coup plein de points phosphoresecents, comme si le baliseur avait planté plein de piquets avec de la rubalise dessus. En fait il s'agit des yeux d'un troupeau de moutons !! En revanche je ne trouve plus les balises. Je continue vers le sommet et le passe et je finis par retrouver les balises. Je les suis en arrière et je comprends ce qui s'est passé : le tracé s'éloigne de la crête pour couper en dessous du sommet et les moutons ont fait tomber les piquets. Je tente de les replanter et je me rends compte qu'un marteau aurait été utile. Une pierre fait plus ou moins l'affaire. Il manque aussi quelques morceaux de rubalises. Je sors mon rouleau pour en rajouter.

Je continue par une belle descente bien raide puis une montée tout aussi raide. Deuxième gros sommet, les piquets indiquent qu'il faut quitter la crête. Je suis au début du changement de parcours à cause de la neige par rapport au tracé original. On descend droit dans la pente entre deux séries de piquets. On se croirait sur une piste d'atterissage de nuit : il n'y a qu'à suivre au milieu. Je retrouve une sente à moutons qui part à flanc, je dois encore remettre de la rubalise. Cette traversée à flanc dure assez longtemps et est plutôt technique vu que la pente est raide. Je rejoins un nouveau troupeau de moutons. Et de nouveau plus de balises. Certains piquets sont cassés, la rubalise semble encore avoir disparu. Je répare les dégats puis continue sur la sente. Et j'entends un gros "Ouaf, ouaf". Merde, un chien. Effectivement un énorme patou des pyrénées arrive sur moi. Je me tourne vers lui, tend la main et lui dit "Sage le chien" avec ma plus grosse voix... Il me renifle en poussant des petits japements comme s'il était content de voir quelqu'un. Je repars calmement. Il me suit à quelques dizaines de mètres. Au bout d'un moment, je lui fais "pschitt" et enfin il repart surveiller son troupeau.

Je finis la traversée et le tracé repart vers les crêtes. Le jour se lève. Il y a une magnifique mer de nuages. Et le soleil émerge au-dessus. Au loin je vois toute la crête des 3000m du luchonnais : Maupas, Crabioules, Lezat, Perdiguère, Gourgs Blancs, Seil de la Baque, Clarabide, avec encore derrère le point culminant des Pyrénées avec son immense glacier, l'Aneto. C'est splendide. Le tracé continue sur les crêtes. J'essaie de deviner quand est-ce que je vais redescendre des crêtes pour rejoindre la route et la fin de ma section. Mais les crêtes continuent à perte de vue et il est difficile de deviner où je vais descendre. En attendant je continue les montagnes russes. A un col je rejoins un berger juste équipé de deux petits chiens des pyrénées et de jumelles pour surveiller son troupeau. Nous discutons 5 minutes. Je me dis que nous vivons vraiment sur deux planètes différentes : lui sans sac à dos, sans eau, en short et chaussures de montagne et avec un baton, moi en cuissard d'athlétisme, avec mes chaussettes BVSport, mon buff sur la tête, mon camel back et ma pipette pour boire.... Je lui explique qu'une course va passer par là bientôt. Il m'explique qu'il vient chercher son troupeau pour le descendre au sel. Il me confirme que les moutons aime bien le plastique et que cela explique la disparition des rubalises...

Je repars sur les crêtes. Je croise un sanglier qui descend en sens inverse de moi. Il passe à 10 mètres à droite de moi. Heureusement qu'il ne vient pas vers moi car la pente est raide à gauche de la crête ! J'arrive à un point culminant à partir duquel un excellent sentier descend à un col puis à la route où sera installé le ravitaillement tout à l'heure. Moins de 2 km de vrai sentier sur les 17 km de la section : les coureurs vont souffrir ! J'ai mis 3 heures pour cette section. J'attends Simon qui n'est pas encore arrivé avec la voiture. Il arrive 5 minutes après. Nous échangeons rapidement nos impressions puis il repart à pied et moi en voiture. Il me faut une heure pour rejoindre le Col de Peyresourde en ayant du mal à garder les yeux ouverts. Je trouve un petit parking au bord de la route et je repars pour ma deuxième section. Elle est plane puis en descente. Seulement 2 petites montées de 40 m chacune. J'arrive à enchaîner les 10 km en courant et me voilà donc rapidement à l'arrivée en un peu moins d'une heure. Les organisateurs sont en train d'installer la ligne, le podium, etc.... Simon arrive un quart d'heure après et nous rendons nos talkie walkie et le reste de la rubalise.

Résultats des courses le soir : aucun problème de balisage pour les coureurs, premier arrivé en 7h11 en individuel. 30% d'abandons sur le parcours à cause de la difficulté du terrain et des barrières horaires. Un bon entraînement pour moi avant le Tour de l'Andorre début juillet.

Publié dans Récits - Reportages

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